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mai 2000 |
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comportementalisme, cognitivisme & dépressions
Les thérapies comportementales & cognitives
Ce que le médecin généraliste doit savoir sur les thérapies cognitives F. FANGET (*) 1.
INTRODUCTION Les
thérapies cognitives sont en train de bouleverser le champ moderne des psychothérapies. En
effet, ce sont des thérapies brèves dont l'éthique est assez différente des
thérapies classiques. Il s'agit d'apprendre au patient anxieux à gérer lui-même
son anxiété ; ce sont des thérapies semi-directives qui nécessitent que le
patient soit partie prenante de son traitement et soit donc très motivé. Les
indications essentielles sont surtout les troubles anxieux sous toutes leurs
formes (agoraphobie, attaques de panique, phobies sociales, anxiété généralisée,
troubles obsessifs-compulsifs) mais aussi les troubles dépressifs. Des
études contrôlées ont démontré leur efficacité dans ces troubles. Par
ailleurs, d'autres indications sont actuellement à l'étude, qu'il s'agisse par
exemple des troubles du comportement alimentaire et en particulier des boulimies,
de l'alcoolisme et des psychoses, que ce soit chez l'enfant ou chez l'adulte.
Elles sont de plus en plus appliquées dans ce que l'on appelle le mouvement de
la médecine comportementale, particulièrement destinée aux médecins
somaticiens et qui concerne l'application des thérapies comportementales et
cognitives dans le champ de la médecine psychosomatique. On peut trouver là
des indications dans le traitement de la douleur, dans le sevrage tabagique,
dans des troubles sexuels, les maladies liées au stress et plus largement dans
les maladies psychosomatiques en général. Comme
on le voit, les indications sont donc en train de s'élargir et après avoir
impliqué dans les années 70, essentiellement les psychiatres et les psychologues,
ces thérapies concernent de plus en plus des médecins généralistes.
D'ailleurs plusieurs d'entre eux se sont déjà formés et les ont utilisées
avec succès. En effet, il s'agit de psychothérapies qui reposent sur des modèles
théoriques, simples, concrets et relativement faciles à transmettre à des non
spécialistes, ce qui explique leur diffusion rapide. Cet
article extrêmement bref est uniquement fait pour rappeler les caractéristiques
de ces psychothérapies. 2.
Rappelons tout d'abord LA DIFFÉRENCE ENTRE LE COMPORTEMENTALISME ET LE
COGNITIVISME Le
modèle du comportementalisme est à 2 dimensions
La
réaction est le comportement inadapté. II s'agit du schéma béhavioriste. Le
modèle cognitiviste lui, introduit la pensée:
La
cognition est la pensée qui s'impose au moment de la situation, elle est
automatique. Ce
modèle cognitiviste réintroduit donc la pensée qui vient interférer entre le
stimulus issu de l'environnement et la réaction du sujet. Il y a donc une
activité mentale qui est d'ailleurs automatique au moment même où le sujet
est exposé à une situation anxieuse (par exemple un ascenseur qu'il redoute). Nous
serons rapides sur les grands débats qui animent les congrès de spécialistes
opposant les comportementalistes qui nous expliquent que face à une souris qui
nous effraie, notre réaction émotionnelle de peur avec son cortège symptomatique
de tachycardie, de blocage respiratoire, notre sentiment de frayeur est
primaire. Alors que les cognitivistes, eux, nous expliqueront que lorsque l'on
voit la souris, nous avons sur le champ et de manière automatique, dans notre
activité mentale, une pensée qui s'impose à nous du style : « mais
souviens-toi, tu as déjà eu peur des souris » et c'est cette pensée qui
va entraîner notre réaction émotionnelle de peur avec son cortège
symptomatique, qui sera donc secondaire à la pensée. Le débat, apparemment
théorique pour le médecin généraliste est en fait fondamental car les
cognitivistes vont développer tout une série de techniques d'analyse de la
pensée, mais de la pensée actuelle survenant au moment de l'angoisse (et non
pas de la pensée passée comme en psychanalyse), qui vont s'ajouter aux techniques
comportementales classiques. Le
cognitivisme est donc un mouvement qui est un peu intermédiaire entre les excès
d'un comportementalisme des années 60 qui ne considérait le psychisme que
comme une boîte noire sans intérêt, le comportement névrotique du sujet étant
selon eux uniquement une réponse à l'environnement et les excès de la
psychanalyse de début de siècle qui, elle, ne s'intéressait qu'à la pensée
intrapsychique et à la biographie du sujet et faisait relativement fi de l'influence
du présent et de l'environnement sur les symptômes névrotiques. Retenons
donc qu'en thérapie cognitive, devant tout symptôme et en particulier le symptôme
anxieux que nous prendrons comme exemple, le médecin devra, dans son analyse
symptomatique toujours raisonner à 3 niveaux 3.
LES 3 DIMENSIONS DE L'ANALYSE FONCTIONNELLE
Prenons
l'exemple d'un médecin spécialisé dans les thérapies cognitives qui aurait
eu peur de prendre la parole devant un public de médecins généraliste: lors
d'une conférence qui a effectuée Nous
ferons l'analyse de son trouble selon les 3 dimensions
Nous
avons donc appris à notre conférencier à analyser son anxiété face à un
public en lui demandant d'écrire luimême sur cette fiche à 3 colonnes ce
lui s'est passé la dernière fois qu'il s'est trouvé confronté à un public
et voilà donc les 3 colonnes qu'il nous rapporte en nous expliquant à la fois
son comportement mais aussi les émotions qu'il a senties sur le moment, qu'il décrit
et note en intensité de 0 à 8 (le 0 étant l'absence d'émotion, le 8 étant
l'émotion maximum qu'il n'ait jamais vécue). II a également noté deux pensées
automatiques, ou cognitions, qu'il a eu sur le moment lorsqu'il approchait de
l'estrade pour prendre la parole devant les médecins. Lors de la séance
suivante, le conférencier va nous rapporter cette fiche que nous allons
analyser avec lui de la manière suivante. Le
médecin : "Lorsque vous étiez devant ce public de médecins généralistes,
vous avez présenté une panique que vous avez notée 6/8 et vous vous êtes dit
à ce moment-là deux choses : « je ne vais pas y arriver et ils vont mal
me juger ». Le médecin reformule donc, autrement dit reprend les propos
du patient pour résumer la situation. Le
médecin : « Nous allons, si vous le voulez bien, analyser les pensées
qui sont survenues sur le moment. Pour ce faire, je vous propose de classer vos
pensées automatiques avec le tableau à 4 cases que je vous fournis.
Schématiquement,
on peut classer les pensées automatiques en 4 types. Tout
d'abord les pensées qui sont plutôt négatives et celles qui sont plutôt
positives. Par ailleurs, un deuxième critère de jugement consiste à savoir si
une pensée est interne ou externe. On peut dire que les pensées internes sont
celles qui sont qui sont sous la responsabilité du sujet lui-même alors que
les pensées externes reflètent plutôt l'influence des autres ou de
l'environnement. Si
par exemple on prend votre première pensée : « je ne vais pas y arriver »,
cette pensée est négative et dans la mesure où elle vous concerne vous et
votre incapacité, elle est interne. Il s'agit donc d'une pensée interne négative. Si
l'on prend maintenant votre deuxième pensée : « ils vont mal me juger »
est également négative, mais elle concerne les médecins qui vous écoutent
: elle est externe. Cette deuxième pensée est donc externe négative. Comme
vous le voyez, au moment de la situation, lorsque votre anxiété est élevée
à 6/8, vous n'avez que des pensées négatives, l'une interne, l'autre externe.
Nous allons essayer d'imaginer ensemble si vous pourriez, dans ce type de
situation, avoir des pensées plutôt positives et si cela pourrait avoir une répercussion
sur votre état d'angoisse. Voyez-vous des pensées positives que vous auriez pu
avoir à ce moment-là ? ». Le
conférencier : « Oui, effectivement, habituellement mes interventions
orales se passent bien ». Le
médecin : « Parfait, c'est effectivement une pensée que vous pourriez
avoir. Essayons maintenant de placer cette pensée dans le tableau à 4 cases. A
votre avis cette pensée est-elle positive, négative, interne ou externe ? » Le
conférencier: « Et bien, comme les interventions se passent bien, c'est
une pensée positive, et comme elle me concerne moi et mes capacités, c'est une
pensée interne ». Le
médecin : « Effectivement, il s'agit d'une pensée interne positive.
Imaginons que vous ayez cette pensée sur le moment, à votre avis, votre émotion
seraitelle toujours à 6/8 ou bien serait-elle plus haute ou bien serait-elle
plus basse ? » Le
conférencier: « Elle serait plus basse, à environ 4/8 ». Le médecin :
« Très bien, pourriez-vous avoir une autre pensée positive au moment même
où vous devez prendre la parole ? » Le conférencier:
« Je pourrais me dire que les médecins généralistes sont là pour
s'informer et non pour me juger ». Le médecin :
« Parfait, comment pouvez-vous classer cette pensée ? » Le conférencier:
« Cette pensée est positive et comme elle concerne et les gens qui m'écoutent,
elle est plutôt externe. » le médecin :
« Effectivement, et si vous aviez eu cette pensée au moment même où
vous avez pris la parole, à votre avis à combien aurait été votre émotion ? » Le conférencier:
« à 3/8 ». Le médecin :
« Et bien, comme vous le voyez, si vous arriviez à modifier au moment même
de la situation anxieuse, vos pensées à l'aide par exemple de ce petit tableau
à 4 cases et de la fiche à 5 colonnes que je vous fournis et dans laquelle je
résume ce que nous venons de dire, vous pourrez peut-être vous-même faire
diminuer votre angoisse au moment même de la situation. C'est pourquoi je vous
demanderais d'ici la prochaine séance de bien vouloir m'enregistrer sur cette
fiche à 5 colonnes les autres situations dans lesquelles vous vous sentirez
anxieux en prenant soin de me noter, votre comportement, vos émotions de 0 à
8, vos pensées automatiques qui surviennent, mais aussi en essayant de
modifier ces pensées surtout si elles sont négatives en y ajoutant des pensées
alternatives plus positives et en regardant vous-même si ces nouvelles pensées
ont un effet sur votre angoisse. Je vous demande de noter tous ces éléments
sur votre fiche comme je le fais moi-même aujourd'hui et dont voici la
reproduction de la fiche à 5 colonnes. » Voilà donc
reproduit très schématiquement, un petit extrait de séances avec un médecin
spécialiste qui doit prendre la parole devant des confrères. L'exercice que
nous venons de reproduire est un exercice de restructuration cognitive qui
consiste essentiellement à travailler sur la pensée actuelle du sujet et à modifier
celle-ci au moment même de la situation afin que cette pensée devienne moins
anxiogène. Il existe bien sûr
de nombreuses autres techniques cognitives pour aider les sujets à travailler
sur leurs propres pensées.
4. LES CARACTÉRISTIQUES
DE L'APPROCHE COGNITIVE peuvent donc être dégagées. Il s'agit d'une psychothérapie
qui est centrée sur des faits précis et actuels. I1 s'agit de comprendre le
mécanisme du truble (qui pour le cognitiviste est largement aussi important que
sa cause). Le patient doit comprendre
lui-même son trouble. En effet, il ne suffit pas que le thérapeute le
comprenne mais il faut que le patient le comprenne pour pouvoir lui-même
ensuite le changer. Le patient est actif au cours de tout son traitement. Enfin
la relation est empathique et collaborative. Rappelons que l'empathie consiste
à comprendre les émotions du sujet mais sans les partager (pour éviter de
s'angoisser avec lui !). Ceci est important. pour le médecin généraliste à
différencier de la sympathie qui, elle aussi, amène à comprendre les émotions
du sujet mais à les partager, ce qui va entraîner le médecin dans les mêmes
émotions que celles du sujet, ce qui, bien sûr. pour le sujet, sera très
angoissant. 5. LA TECHNIQUE
D'ENTRETIEN utilisée par le
cognitive est dite socratique. Rappelons que pour SOCRATE, il fallait faire
accoucher par la parole. Sur le plan pratique, il s'agit par une attitude
semi-directive d'aider le patient à exprimer ses émotions et ses peurs. Il
faut l'aider à se centrer sur des faits précis qui vont servir d'exemple. La
façon de poser des questions est très importante. Nous devons nous aider de
questions ouvertes qui vont commencer par « comment », « pourquoi »,
« qu'est-ce qui », « qu'est-ce que ». Rappelons qu'une
question ouverte est une question qui va amener le patient à verbaliser alors
qu'une question fermée va permettre à la personne de répondre oui ou non et
ne va donc pas l'amener à verbaliser : « Trouvez-vous comme moi
cette conférence intéressante ? » est une question fermée puisque le
sujet peut répondre « oui ou non ». « Que pensez-vous
de cette conférence ? » est une question ouverte car le sujet va
pouvoir exprimer ses pensées, ses opinions sur la conférence. Par ailleurs, le
thérapeute utilise la re-formulation : il s'agit de résumer ce qui a été dit
par le sujet afin de vérifier si l'on a bien entendu et bien compris ce qu'il
nous a dit. De même, un résumé régulier au cours de l'entretien de ce que
nous a dit le sujet va lui permettre de se rendre compte que nous l'écoutons et
va nous permettre à nous de vérifier que nous entendons bien ce qu'il nous dit
et de synthétiser ses propos de manière exacte. Ces techniques
d'entretien dont nous ne donnons ici que quelques exemples sont elles
aussi tout à fait fondamentales à notre avis pour la relation entre le médecin
généraliste et son patient. Remarquons dans l'exemple du conférencier, la
formulation ouverte des questions utilisées par le médecin qui interroge sans
suggérer ni influencer la réponse. 6.
LES INDICATIONS A.
TRÈS UTILES 1.
Tous les troubles anxieux
2.
Les dépressions non mélancoliques résistantes. B.
– UTILES 1.
maladies physiques liées au stress, 2.
troubles du comportement alimentaire, 3.
certains troubles de personnalité. Ces
indications sont actuellement en train d'évoluer au fur et à mesure que les
travaux de recherche s'effectuent. 7.
LIMITES ET CONTRE‑INDICATIONS -
la dépression mélancolique avec risque suicidaire imminent. -
la schizophrénie aiguë, -
la paranoïa. -
l'absence d'objectifs clairs avec un syndrome de « dérapage »,
c'est-à-dire un patient qui modifie sans cesse les objectifs de soins. Chaque
fois que l'on aborde un problème, il nous en pose un autre. ce qui fait que
l'on ne peut jamais aborder à fond le mécanisme d'un trouble donné. -
le manque de motivation du patient. Cet élément est très important et
amène le cognitiviste à volontairement se donner beaucoup de temps avant de
proposer une prise en charge du patient afin de vérifier que la motivation de
ce dernier est sérieuse. Ce point est important car, comme nous l'avons vu,
il s'agit d'une thérapie dans laquelle c'est le patient lui-même qui va
apprendre à se soigner et qui demandera donc un certain investissement de sa
part. 8.
LA DURÉE ET LE COÛT La
durée de cette thérapie est brève de 6 mois à 1 an, selon les indications,
au rythme en général d'une séance par semaine. Les
3 phases de la thérapie cognitive sont les suivantes : -
tout d'abord une phase préliminaire qui est une prise de contact et qui
comprend quelques consultations (environ 2 à 5 consultations). Au cours de
cette phase, nous effectuons l'analyse fonctionnelle qui est une analyse
symptomatique précise du trouble avec toutes ses caractéristiques mais aussi
les relations du trouble avec la pensée du sujet, son environnement, et
d'autres pathologies associées ; il s'agit donc d'une étude clinique complète.
Rappelons ici que, comme dans le reste de la médecine, il est fondamental
d'avoir au moins une hypothèse diagnostique crédible avant d'envisager toute
intervention thérapeutique. Signalons au passage qu'une erreur courante du
cognitiviste débutant est de proposer trop vite une thérapie, par excès de
confiance en sa technique, alors que l'analyse fonctionnelle aura été mal
faite. Cette phase préliminaire durera donc le temps nécessaire à établir
cette hypothèse diagnostique. -
Ensuite survient la deuxième phase dite phase active qui se présente
sous forme de séances régulières d'environ 30 à 45 minutes chacune et ayant
lieu 1 fois par semaine. La fin de cette phase active se situe au moment où
le patient et le thérapeute ont l'impression d'avoir fait une grosse partie du
travail même si tout le trouble n'a pas entièrement disparu. -
En effet, il existe une troisième phase qui est une phase de post-cure
avec des séances espacées, environ une par mois pendant trois mois et une tous
les trois mois pendant un an qui est une phase durant laquelle le cognitiviste
va vérifier que le patient a bien acquis les bases essentielles de la gestion
de son anxiété et qu'il continue à progresser. Au cours de cette phase, soit
l'amélioration se poursuit et on arrête ensuite la thérapie, soit il existe
quelques symptômes résiduels que le patient n'arrive pas à résoudre, on peut
alors reprendre une petite série de 3 ou 4 consultations par exemple sur le
point précis que le patient n'arrive pas à résoudre. 9.
L'INTÉRÊT de ces thérapies pour le médecin généraliste est : -
qu'elles ont des fondements théoriques simples et clairs qu'il est donc
possible d'apprendre à dés non spécialistes, -
qu'elles apprennent à mener un entretien psychologique car elle
utilisent les techniques d'entretien qui nous paraissent bien nécessaires pour
un médecin dans sa relation avec son patient, -
qu'elles apportent une meilleure compréhension des troubles
psychologiques, -
qu'elles sont rapides, -
qu'elles ont une efficacité démontrée par de nombreuses études contrôlées. POUR
EN SAVOIR PLUS... « Les
thérapies cognitives ». Jean COTTRAUX, Editions Retz, 1992. Avec
l’aimable autorisation de l’auteur. (*)
2, place Jules Ferry, 69006 Lyon. Journal
de Médecine de Lyon, n° 1505, Février 1996
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